On a pas beaucoup de temps a chaque fois pour discuter. Alors j’ai pris les devants. J’ai envie de partager un peu de notre aventure avec toi. Ton tour d’Europe de l’Est a dû te faire la même impression, des centaines de minis souvenirs qui se juxtaposent stratigraphiquement. De sorte que tu ne puisses pas en rendre compte dans l’ensemble. C’est de l’ordre de la sensation plus que du souvenir. On a la chance d’avoir tout le temps que l’on veut pour en profiter et pour provoquer l’événement. Sans compter qu’on superpose des recoins du monde tellement différents.
L’Afrique nous a beaucoup plû à Cel et à moi. Mais la première semaine on a été complètement décalés. Le choc culturel, la perte de repères, les conditions de vie déplorables des premiers jours, le changement brutal de rythme entre la vie parisienne et le travail… tout ça a participé à un flottement désorienté. Il faut dire que Niamey la capitale du Niger est absolument déroutante de part sa pauvreté et l’absence de solution ou de possibilité d’amélioration. Y’a rien du tout, et rien n’existe pour que ça s’améliore. Pour te donner une idée le ministère de l’économie c’est quatre murs, de la tôle ondulée et un panneau peint à la main. (Ça ressemble un peu à Chez Brochettes avant qu’il ne fasse les travaux). Moins d’une semaine avant je quittais le Crillon, où mon dernier jours j’avais passé 12 heures à l’hôtel pour le bal des débutantes. On logeait, sur deux lits de camps de l’armée, dans une des salles de consultations du dispensaire de la « maison du combatant » (des ancients combatants du Niger dans l’armée française). Il y avait juste une chaise, un frigo inutile au bruit infernal et pas de sanitaire. On allait se soulager dans les toilettes du grand hotel chic de la ville, mais au bout de 4 jours a plus de 40° il nous a fallut absolument une douche. Le gardien du dispensaire a fini par avoir pitié de nous et nous a laissé nous laver chez lui.
Et puis on a commencé a travailler pour Zebunet, ce qui nous a aidé à nous orienter. Grâce à la mission, on a été dans quelques villages très reculés. Euphémisme pour dire que j’ai jamais été dans un endroit aussi pauvre de toute ma vie. On devait rapporter des photos pour le site internet. On a donc entrepris de faire des prises de vue des chèvres et des bénéficiaires. Sur les premiers villages ça s’est bien passé mais dans le dernier, les gamins, dont la plupart n’avaient jamais vu de blancs, été tellement excités qu’ils se jetaient devant l’appareil. Leur nombre augmentant, ils ont commencé à devenir ingérables, ça a vite ressemblé à un début d’émeute. Le partenaire et le chef du village nous ont fait monter dans le 4x4 et on a déguerpis. Des gamins se sont accrochés à la voiture, le chauffeur ne les voyant pas a pris de la vitesse. On les voyait tomber et rouler dans la poussière par la vitre arrière. C’est pas franchement ce qu’on espérait…
On a dû s’arrêter peu après, devant une école de brousse, pour mettre de l’eau dans le réservoir. Une petite fille était là sur le coté, visiblement non scolarisée. Elle nous a demandé timidement si on pouvait lui donner « la bonbonne » d’eau qui nous servait à transvaser l’eau que l’on puisait au puit de l’école pour le réservoir de la voiture. Des enfants de l’école nous on rejoint pour nous observer de plus près, suivis du prof avec son bâton. A la fin de l’opération on tend la bouteille d’eau à la gamine qui se fend d’un large sourire incrédule. Et nous fait au revoir de la main. Pendant qu’on se retourne, s’engage une bataille entre 4 ou 5 gamins pour récupérer la bonbonne. Mais la gamine s’échappe, s’éloigne un peu et nargue tout le monde avec son trophée. Le prof durant toute la scène a cherché à regrouper et calmer les gamins pour les faire rentrer en cours d’où ils étaient sortis visiblement sans autoristaion. Pas tout à fait ce à quoi je m’attendais…
Mais on a vite terminé le boulot dans le sud pour allez à Agadez. Et là on s’est gavé. Déjà parce que la région est super, aux portes du massif de l’Aïr ; que les Touaregs sont incroyablement gentils et hospitaliers, se sont des berbères et en tant que tel ils sont supers accueillants ; et enfin parce qu’un de nos partenaires est devenu un pote chez qui on s’est installé pendant 3 semaines. On est parti en « weekend » avec lui dans le désert rendre visite à des nomades qui gardent un troupeau de chameaux, près des falaises de Tiguilite. Ils nous ont offert du lait de chamelle trait devant nous, alors qu’on se reposait à l’ombre de leur tente dans le soleil couchant. Il y avait des chamelons, des chiots et des chevreaux partout, alors t’imagines bien que Céline courait dans tous les sens. Karim, le pote-partenaire, me dit qu’il adore la voir courrir comme ça. Et je lui réponds tout fière : « Ouais, ce qui est sympa chez Celine, c’est qu’elle est pleine de fraîcheur. » Et là, on entend sa petite voix derrière la tente qui lance : « Oh Jeremy, regarde il fait caca ! » Vrai silence. Puis Karim confirme : «C’est ça, elle est fraîche… ». Le soir apéro au pastis et concours de craché de noyaux d’olives sur scarabée innocent et paniqué. Dans la discution on en vient a parler de Kuzco, l’empereur mégalo, et Karim nous sort son Arcos et on se mate le générique. Puis on a dormi à la belle sous le plus beau ciel étoilé de toute ma vie, on avait la sensation de voir la forme de la voûte céleste.
Ensuite on est reparti en brousse pour le compte rendu de Zebunet quelques jours dans la vallée de Tidène dans l’Aïr. On a fait le tour des 47 puits dont Karim a supervisé la création. On a donc dormi dans les campements de nomades.
Festival touaregs d’Iferouane et d’Ifer two. On a profiter d’une « occasion » pour monter au village. C'est-à-dire qu’on s’est greffer sur un groupe de touristes qui payait une fortune à une agence de voyage locale. On a mis deux jours pour traverser l’Aïr, en passant la nuit dans l’oasis de Timia. Après une journée complète de rocailles, un embrayage casé et une crevaison, on s’est retrouvé dans une vallée encaissée entre des montagnes ocres et écrasées de soleil, dans une vallée verdoyante ou poussent oranges, tomates et Pamplemousses. Le festival était assez intéressant mais un peu surprenant. Il y avait de l’activité pendant les animations entre 9h et 11h et entre 15h et 18h. Sinon le village était complètement désert, donnant l’impression qu’il ne se passait rien de particulier. Courses de chameaux, concours de miss Touareg, de chants et de danses ont été bien suivis par les touaregs venus de toutes les régions. Et fameuse musique traditionnelle à la guitare électrique. Pour repartir vers Agadez ça été un peu compliqué. Notre groupe de touristes reparti, toutes les voitures pleines, on a dû demander à tous ceux qu’on rencontrait de nous aider. A la fin, ça a porté ces fruits car un copain du neveu du propriétaire du pote-partenaire qui nous héberger nous a présenté quelqu’un qui voyageait avec le vice consul de Libye et qui était prêt à plaider notre cause pour qu’on occupe les deux places vacantes dans la voiture de celui-ci (Authentic mais tordu). Le hic c’est que le « consul », comme il se fait appeler, est un jeune et sinistre connard qui n’avait pas du tout l’intention de nous aider. Alors, notre allié a inventé une connerie comme quoi Celine était malade, qu’on avait besoin de rentrer sur Agadez, que comme il nous avait déjà dit oui on avait laisser repartir les voitures avec lesquelles on devait partir faire une virée dans le désert et qu’en plus on avait déjà payé le plein d’essence pour participer. Donc de mauvaise grâce le consul nous a fait monter dans son 4x4 de ville Suzuki. Il ne parlait que Lybien et de toutes façons il ne nous parlait pas. Il a quand même pris la peine de faire traduire par son pote que le pot d’échappement de la voiture se détachait, qu’avec nous la voiture était trop lourde et que si on touchait ce serait de la faute du pote en question. Détail, Il aimait Celine Dion et il nous a gratifié des 4 mêmes chansons sur les 5h30 de trajet retour. Une torture. Le consul ayant détesté le festival, avec toute cette populace, souhaitait retrouver le plus vite possible le bruit acre et rassurant des grandes villes. Il a donc conçu le retour vers Agadez comme une course de survie désespérée. Sur la piste on est monté à 90 km/h et sur le goudron jusqu'à 180 km/h. Il a perdu le contrôle dans le lit d’une rivière ensablée ; on a chassé à gauche, puis à droite, puis à gauche et on est passé à 40 cm d’un arbre qui ce trouvait là. Ce trou de bal se retourne une fois arrêté avec un grand sourire : « Alors, vous avez eu peur ?» Toi aussi, Du con. Sur la route, en arrivant à fond derrière un camion, il s’apprête à doubler mais constate qu’un bus arrive en face. Donc il freine. Mais on roule trop vite. Pour pas s’emplafoner la remorque, il braque sur le bas coté, fait deux cents mètres à plus de 100 km/h, et reprend la route. Cette fois il n’a pas fait de commentaires. Ni personne d’ailleurs. Une fois arrivé en ville on ne s’est même pas dit au revoir. On est descendu et on a pris nos sacs.
On a passé Noël et jour de l’an comme ça. Plutôt sympa, mais en plein tabaski en pays musulman t’a un peu de mal à y croire. Comme à l’exécution de Sadam Hussein qu’on a appris sur le parvis de la mosquée d’Agadez le matin de l’Aïd.
Ensuite on a fait la route vers le sud du Niger d’abord, puis on a traversé le Benin. Jusqu’au 10 janvier où on s’est retrouvé en plein festival vaudou à Ouidha (la porte des esclaves). Assez passionnant. On a été consulter un prédicateur, un « fa », qui ressemblait plus à un charlatan qu’à autre chose. Les manifestations vaudous peuvent être impressionnantes, mais elles sont cachées la plupart du temps. On a vu des gens en transe se jeter dans les cactus. Le plus fort a été, au coin d’une rue, lorsque l’on a déboulé sur une petite place pleine d’une foule dense. On a entendu des cris et des chants. Alors qu’on s’est demandé ce qui se passé, 3 femmes sont sorties précipitamment de la foule. Elles portaient chacunes sur les épaules une chèvres. Elles nous ont foncé dessus. Et on a réalisé qu’elle étaient en train de leur sucer le sang par le cou. On voyait les dents tirer sur la chair, alors que les bêtes étaient encore amorphes. Puis la foule nous a engloutis dans un grand fraca.
On s’est rendu à Ganvié, un village lacustre sur le lac Nokoué au nord de Cotonou. On a galèré avec la police qui voulait nous raquéter à l’embarcadère. Alors on a demander a un villageois dans un autre village plus haut sur le lac. Ce mec restera pour nous comme « le salaud de Ganvier ». En deux mots il nous a dit oui tout de suite pour le prix qu’on lui proposer. Et alors qu’on le voyait repartir a toute rame, avec son petit sourire, depuis la rive d’un petit village tout pas beau ou il venait de nous déposer, on as commencé a ce sentir subitement un peu bizard. On cherche un hébergement qu’on trouve pas. On avait une adresse qu’on ne trouve pas. Et dans tout le village pas une personne qui ne comprenne le francais. Et plus on sillonne le petit village, pas lacustre pour une goutte, plus on ramasse des gamins hilares de pouvoir jouer avec deux yovos paumés. Qu’il soit maudit jusqu'à la septiéme génération, que sa pirogue prenne l’eau, que sa maisons brûles et que sa fille aime et chante Celine Dion toute la journée. Pour repartir de là on a fini par accepter de se faire arnaquer par un autre piroguier au grand dam des gamins du villages déçus de voir partir si vite leurs nouveaux jouets.
On a quitté Ganvié, à 6h00 du matin. Il fait nuit noire à cette heure là. On pagaie dans un silence juste entrecoupé par le bruissement de l’eau sur la pirogue et les coups de pagaie. Hier soir on a beaucoup discuté les prix. La Pirogue à moteur est trop chère. Donc on a trouvé quelqu’un prêt à nous faire faire la route à la rame. Le prix était encore un peu élevé, alors j’ai fait valoir qu’on pouvait pagayer que ça irait plus vite et donc que ça devait coûter moins cher. C’est pour ça qu’on rame maintenant. Le mec ne sait pas très bien parler français donc on ne sait pas pour combien de temps on en a. On traverse le village endormi. Sans bruit. On passe les maisons sur pilotis comme des gros vaisseaux fantômes vieux et endormis. Après un temps, à la sortie de la ville, on voit apparaître de loin en loin quelques lumières au raz de l’eau. C’est le marché flottant. Des pirogues épiceries, poissonneries et fruits et légumes. Pour se faire repérer, ils installent au bout d’un bâton une lampe à huile. C’est beau surréaliste et magique. On les dépasse doucement sans bruit. Et là, c’est partit pour 6h15 de rames. Au bout de 4h30 j’arrive plus a manoeuvrer mes bras. Notre homme lui se fera le retour dans la foulé.
Un détail qu’on a adoré, devant la porte principale de la prison civile d’Abomey il y avait un panneau avec marqué « Ici en vente de lapin ». Ca nous a rappelé le commissariat du XXéme, avec sa pancarte « Poulet roti : 35f ». Voila c’est tout.
Pour terminé notre escapade en Afrique, on est allé dans un village de pécheurs. On logeait dans des huttes de plages, au milieux des pécheurs. Rapidement on a commencé a tirer les filets sur la plages avec eux. Puis je suis sorti en mer pour les poser (toujours à la rame). Donc il ont partagé leurs poissons avec nous en toute simplicité, et ils nous on intégré a leur vie de famille, en nous invitant à la première « sortie » de la dernière née (une semaine après sa naissance, une fois qu’elle est suffisamment forte pour affronter seule les esprits en dehors de la maison), en nous sollicitant pour l’ouverture du bar sur le terrain de la grand-mère, en nous demandant des conseils pour commencer un jardin potager…
Finalement ça ne se résume pas.
A tout à l’heure.
Avca.
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